TUNISIE. La révolution a entraîné un immense élan de solidarité parmi la population. « Dégage pauvreté ! » est le nom d’une campagne dans la région de Tunis menée par des étudiants en ingénierie. Une des nombreuses initiatives dans un pays qui bouge, malgré les incertitudes politiques.

Par NICOLAS BURNENS

« Ir7al!, Ir7al! », « Dégage, Dégage! » est LE slogan du printemps arabe. Sur l’avenue Bourguiba de Tunis, il a été hurlé pendant plusieurs semaines, avant la démission de Ben Ali le 14 janvier 2011, mettant fin à 21 ans de dictature. En Egypte, on peut désormais acheter des t-shirts aux couleurs de la révolution. Un logo rouge « Ir7al » ou « Tahrir » sur un fond blanc.

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A Tunis, ce slogan a donné lieu à une campagne contre la pauvreté, aussi présente sur les réseaux sociaux : « Pauvreté Dégage ». Elle est organisée par le Club de l’Amitié, association rattachée à l’Institut National des Sciences Appliquées et de Technologie (INSAT). Ce club compte plus de 200 membres et a pour habitude d’organiser  des dons du sang et des formations aux premiers secours.

« Nous avons oublié ce que ce slogan signifie », Hamza Hannachi, président du club de l’Amitié à Tunis.

 

« Lorsque le régime est tombé, c’est la première fois que je découvrais des images de pauvreté en Tunisie sur la télévision nationale. Les autorités nous l’avaient caché. Cela a été un choc », se rappelle Hamza Hannachi, le président du Club de l’Amitié de l’INSAT.

Lancée le 3 mars 2011, la campagne a permis de récolter plus de 7000 dinars, soit près de 4000 euros.

Sous le régime de Ben Ali, le club venait déjà en aide à quelques familles pauvres dans la capitale. Mais jamais, ses membres n’avaient organisé un tel événement. « Avant, il était juridiquement compliqué de récolter de l’argent. Avec la révolution, tout est devenu plus facile », précise l’étudiant de 21 ans.

Une grande collecte de vêtements et de nourriture a été organisée dans la ville de Tunis. 80 lits, 90 matelas et autant de couvertures ont été achetés. Les bénéficiaires ? Des familles dans le besoin de la localité de Chguifa située dans le gouvernorat de Bizerte (120 kilomètres de Tunis). Cette aide a été distribuée à 50 familles, soit près de 250 personnes.

 

 

 

 

 

« On ne peut pas aider toute la Tunisie. On veut simplement créer de l’espoir parmi la population. Leur montrer comment faire », explique le jeune homme.

Depuis la révolution, plusieurs campagnes civiques ont été lancées partout dans le pays. Petit à petit, les Tunisiens se réapproprient l’espace public qu’on leur avait confisqué.

Par son slogan « Pauvreté Dégage! », la campagne est aussi une démonstration.

« Certains Tunisiens avaient oublié le sens de ce mot. Aujourd’hui, certains employés l’utilisent même pour demander la démission de leur patron. C’est d’abord un slogan d’action : c’est ce que nous voulons montrer ici », justifie Hamza Hannachi.

Cette précision a son importance dans une Tunisie qui cherche ses repères. « Nous vivons aujourd’hui une phase critique. Ce que nous avons fait, n’est pas facile, précise le jeune étudiant, qui passera ses examens finaux dans quelques semaines. Nous voulons désormais améliorer les points négatifs dans notre pays ». Un objectif qui montre tout le chemin parcouru, dans un régime qui avait il y a encore quelques mois, l’habitude de cacher ses côtés les plus sombres.