TUNISIE. Un site, élu mardi 12 avril meilleur blog 2011. 20000 personnes la suivent sur Facebook. 4000 sur Twitter. Derrière la Tunisian girl, Lina Ben Mhenni. Suivie, harcelée et agressée par l’ancien régime de Ben Ali, elle n’a jamais cessé son combat. Portrait d’une (cyber)activiste.

Par ANTONINO GALOFARO

« Les policiers continuaient de pousser tout le monde, d’insulter les gens vulgairement et même de  tabasser certaines personnes. » A peine plus de 1500 signes. Une photo. Un titre simple, informatif au possible : « Manifestation pour Sidi Bouzid ». Bienvenue sur le blog de « A Tunisian Girl ». Les troubles de cette ville du centre de la Tunisie, début janvier, font partie des « événements sanglants » qu’elle a couvert.

Sur le terrain, Lina Ben Mhenni assure une couverture médiatique quasi complète : photos, vidéos, textes. Le tout partagé sur les réseaux sociaux en direct depuis son téléphone portable, puis publié sur son blog, le soir, souvent depuis une chambre d’hôtel. Et non sans l’avoir d’abord vérifié, « avec son réseau sur le terrain ».

Sa motivation première, elle ne se l’explique pas vraiment. « J’ai grandi dans un milieu militant. Mon père était prisonnier politique, du temps de Bourguiba. Il est aussi l’un des membres fondateurs d’Amnesty Tunisie. » Une fatalité peut-être. La censure est son principal cheval de bataille.

Qu’est-ce qu’une cyberactiviste ? On est avant tout une activiste sur le terrain. On ne peut pas être activiste seulement derrière son écran. »

Elle n’a pas attendu Internet pour écrire. Tout ce qu’elle produisait, elle le gardait pour elle. « Je suis de nature timide, mais derrière un écran, j’ai pu m’exprimer, confie la blogueuse de 27 ans. J’ai passé la barrière de la timidité, ce qui m’a permis de parler aussi en dehors d’Internet. »

Cyber et activiste, Lina Ben Mhenni le devient en 2007. « J’ai senti l’injustice de la répression. Quand on est opprimés, ou que les autres sont opprimés, on a plus de courage. »

« Ils ont censuré mon blog et mon profil Facebook »

C’est du dégoût que je ressentais pour le régime de Ben Ali en voyant les morts qu’il avait causées. Je pleurais de joie déjà avant sa chute, quand je voyais tous ces Tunisiens se déplacer sur l’Avenue Bourguiba, à Tunis. »

Avant la révolution, une tout autre paire de manches pourtant. L’électron libre, comme elle se définit elle-même, était suivie et harcelée par le gouvernement. « En 2009, ils sont même venus deux fois chez moi, la nuit. Ils m’ont frappé. » Ils ? La cyberpolice et la police politique.

Travailler ? « C’était difficile.  En avril dernier, ces polices ont pris mon matériel, suite à une manifestation contre la censure. Depuis 2008, mon blog et mon profil Facebook étaient censurés. Ils ne le sont plus maintenant. » Elle affirme désormais être confrontée à moins de censure. « Mais je sais que certaines adresses mail et certains sites sont encore bloqués. » Son blog et son profil Facebook ne le  sont plus.

Internet, même censuré, reste un espace plus libre que les médias traditionnels. »

Electron libre

Avant 2007, la vie de la Tunisienne était posée : « J’étudiais, je bouquinais, je vivais ma vie. » Elle est maintenant professeur de linguistique anglaise à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis. Elle avoue préférer bloguer : « Si j’en avais l’occasion, j’en ferais mon métier ! »

La révolution est passé par là, elle est désormais membre de l’instance nationale indépendante pour la réforme de l’information et de la communication. « On évalue la situation des médias et on propose des solutions. » Son but avoué : un article dans la Constitution tunisienne pour la liberté d’expression sur Internet.

20000 personnes aiment « A Tunisian Girl » sur Facebook. Pas loin de 4000 sont abonnés sur son compte Twitter. Hier, le blog de Lina Ben Mhenni remportait la septième édition du concours international de blogs, les BOBs, organisé par la chaîne d’information continue, Deutsche Welle.

Ben Ali tombé, son engagement ne change pas : « Je n’ai aucune ambition politique. Je préfère continuer ce que j’ai fait jusqu’à présent. Je préfère rester un électron libre. »

Le 15 mars dernier, Lina Ben Mhenni participait au Geneva Summit for Human Rights and Democracy.