SYRIE. Les forces de sécurité ont donné l’assaut mardi 12 avril 2011 contre la ville de Banias dans le nord-ouest de la Syrie, haut lieu de la contestation contre le régime du président Bachar Al-Assad. Omar, habitant de Banias, raconte le sort réservé aux jeunes de la ville.

Par SAMI BOUKHELIFA, avec CHARLOTTE GAUTHIER

Il se fait appeler Omar, il est commerçant à Banias, ville assiégée par l’armée syrienne le 12 avril 2011. Ir7al.info a pu le contacter. Il raconte la répression.

Calvaire dans la ville fantôme de Banias

Rues désertes. Magasins fermés. Coupure de courant. Les seuls habitants encore présents dans la ville de Banias sont retranchés chez eux. Des femmes, des enfants et des vieillards  pour la plupart. Entre 500 et 800 hommes de 15 à 65 ans ont été raflés. Les soldats  qui leur tirent dessus les empilent les uns sur les autres, pieds et poings liés. « La rafle a duré trois heures, c’était atroce », raconte Omar. « Même l’armée israélienne ne se serait pas comportée comme ça avec nous », insiste le rescapé. Encore choqué par la violence de l’attaque, le commerçant en vient à comparer les forces loyalistes à l’ennemi numéro 1 de la Syrie. Notre interlocuteur syrien n’aurait jamais pensé tenir de tels propos. Mais ce déchaînement le révolte. « Les jeunes n’étaient pas armés face aux chars », s’exclame-t-il.

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Chabiha, mercenaires du régime Al-Assad

« La population avait conclu un accord avec l’armée », explique Omar. Les habitants de Banias ne devaient pas ouvrir le feu sur les militaires. En contrepartie, les soldats ne devaient pas faire usage de la force. Mais l’accord a été enfreint. « Les Chabiha ont tiré sur l’armée qui s’en est pris à nous ». Les Chabiha sont l’équivalent des Baltaguis en Égypte. Des mercenaires proches du pouvoir. Ils ont créé une « Fitna » (sédition), pour que la répression des contestataires par le pouvoir soit légitime. « L’armée a ouvert le feu sur les civils, sans distinction ».

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Derrière Bachar Al-Assad, Maher Al-Assad

« Bachar Al-Assad n’est peut être même pas au courant de ce qui se passe dans le pays », précise le militant. « Maher Al-Assad est le chef de l’armée et des milices du parti Baath, il est derrière cette répression », détaille Omar. Maher Al-Assad est le frère du président, tout le monde en Syrie sait qu’il est « l’homme fort » du régime.

Maher Al-Assad, frère du président syrien, chef de l’armée et des milices du parti Baath.

Si  la Syrie avait déployé autant de moyens contre Israël, le Golan serait déjà libre. »

« Bachar Al-Assad est la ligne rouge à ne pas franchir », affirme Omar. Comme pour tous les Syriens qui ont grandi dans la peur du pouvoir, l’idée même de renverser le président est un « crime de lèse-majesté ». Il souhaite plus de liberté. Mais il plaide pour une issue pacifique. « Nous voulons éviter le chaos en Syrie. J’en appelle à la communauté internationale ». Omar fait référence à Recip Tayep Erdogan, le président turc, proche du régime Al-Assad. « Seul lui pourra raisonner le pouvoir ». Un pouvoir qui utilise une force disproportionnée contre les civils. « Si  la Syrie avait déployé autant de moyens contre Israël, le Golan serait déjà libre », s’indigne-t-il. Le plateau du Golan est une région du sud-ouest de la Syrie occupée par Israël suite à la guerre des Six Jours de 1967.

Statu quo

En attendant, Omar est bloqué chez lui. Tout autour de sa maison, des snipers postés sur les toits des habitations font la loi. Les forces de sécurité maintiennent la peur. Et affament les contestataires pour briser la révolte. Ils distribuent au compte goutte des pains, contre lesquels ils exigent l’arrêt des manifestations.

À l’interieur du sachet, une note à l’attention des Syriens:  » Tous pour la Syrie, tous pour Bachar Al-Assad. Nous aimons Bachar Al-Assad »