SUISSE. Né en 1940, à Téhéran, de nationalité suisse et iranienne, Mohammad-Reza Djalili est politologue spécialisé du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. A l’équipe d’Ir7al.info, il parle de la situation en Libye, des premiers enseignements du printemps arabe et de la délicate période de transition qui débute.

Par NICOLAS BURNENS (interview et texte) et ANTONINO GALOFARO (vidéo)

Mohammad-Reza Djalili est docteur en science politique et diplomatique de l’Université Libre de Bruxelles (CV). Il a été professeur à la Faculté de droit et des sciences politiques de l’Université de Téhéran et professeur associé aux Instituts Universitaires de hautes études internationales et du développement de Genève (HIEID).

Dans un précédent article, il évoquait déjà la force politique que représente désormais la jeunesse arabe.

Jeudi 10 mars 2011, les combats faisaient encore rage à l’Est de la Libye, notamment près des zones pétrolières de Ras Lanouf où les affrontements entre les opposants et les forces loyalistes font toujours rage.

Pour Mohammad-Reza Djalili, la violence qui s’abat sur la Libye est la preuve que les modèles révolutionnaires pacifiques tunisiens et égyptiens ne sont pas transposables. Il faut faire une différence entre les régimes autoritaires dits « soft », comme l’Egypte, et les régimes autoritaires, comme la Libye.

Si l’exemple libyen réussi, d’autres mouvements de jeunes et d’opposants sont possibles dans les pays très autoritaires comme la Syrie »



Alors que la Tunisie et l’Egypte cherchent aujourd’hui leur nouvelle voie, les gouvernements font face à de profonds remaniements.

Pour le politologue suisso-iranien, il faut être prudent au sujet du modèle turc, désigné par les spécialistes comme source d’inspiration des pays nouvellement libérés. Chaque pays a ses propres caractéristiques historiques.

Mohammad-Reza Djalili tire le premiers bilan de ces révolutions. Ces révolutions marquent la fin de « l’exception arabe ». Pour lui, ces révolutions se sont faites sans leaderships. Elles sont nées au sein de la société civile et marquent la fin de « l’exception arabe ».

Nous sommes en train de rentrer dans une autre phase historique »

Enfin, il affirme qu’il faut rester très attentif à la transition qui s’amorce. Il faudra voter pour les plus démocrates, toutes tendances confondues. « Pour cela, il faut s’éloigner de la charia« , affirme-t-il. Le professeur Djalili souhaite enfin que l’Union européenne accompagne cette transition, comme elle l’a fait avec l’Europe de l’Est après 1989.

Il faudra voir qui sont les vrais démocrates »