MAROC. Ils sont nombreux à être descendus dans les rues du pays, dimanche 24 avril. L’appel à manifester est l’initiative du Mouvement du 20 février. Le troisième en autant de mois. Membre de la première heure, Montassir Sakhi explique.

Par ANTONINO GALOFARO

Une marche de quatre kilomètres à Rabat, un dimanche, en fin de journée. Pacifique, non réprimée. « 40’000 personnes manifestaient ! », s’enthousiasme Montassir Sakhi, membre du Mouvement du 20 février. 6’000 étaient en réalité dans la rue, selon des observateurs. 2’000 selon la police. Présent sur Facebook, le groupe a lancé son troisième appel à manifester dimanche 24 avril, dans tout le Maroc. Le jeune militant de 22 ans fait partie de ceux qui ont lancé le premier appel, le 20 février dernier. La date donnait son nom au mouvement nouveau-né.

Montassir Sakhi, 22 ans, est membre du Mouvement du 20 février

Deux jours plus tôt, Montassir espérait une mobilisation plus importante que lors des deux premières manifestations. Investir les quartiers plus démunis était un nouvel objectif. Sortir des grands axes, « des grandes places ». Le 24 avril, le mouvement était donc présent pour « encadrer la manifestation dans les quartiers populaires de la capitale. »

Une satisfaction pour Montassir. Il admet que la mobilisation porte ses fruits. « Le roi a fait plusieurs promesses qui satisfont nos demandes : nous revendiquons une nouvelle constitution, il a annoncé des réformes. » Dans son discours du 9 mars, Mohammed VI a promis une importante « réforme constitutionnelle globale ». Elle prévoit notamment « l’élargissement des libertés individuelles et collectives ». « Mais ce ne sont que des promesses, il faut que la mobilisation reste forte. La question de la dissolution du Parlement n’a par exemple pas été évoquée. »

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A Rabat, dimanche 24 avril, dans le quartier populaire de Yacoub El Mansour

Pour que le roi règne, mais ne gouverne pas

« J’ai reçu un courrier de la commission pour la réforme constitutionnelle. Je suis invité samedi pour parler de mes attentes. Je boycotte l’invitation, cette discussion n’est pas cruciale pour notre mouvement. » Montassir Sakhi n’est pourtant pas contre la réforme, bien au contraire. Cette décision est symptomatique du Mouvement du 20 février : certains membres ont accepté l’invitation. Le mouvement n’a pas de ligne directrice, seulement des revendications, fédératrices, sur lesquelles tous les membres se sont mis d’accord.

En jaune, Montassir Sakhi. Il habite la ville voisine de Rabat, Salé.

Pas de structure, pas d’unité, tous les bords politiques. « Ce qui nous uni, ce sont nos revendication et le maintien de la mobilisation, peu importe nos orientations politiques », explique Montassir, membre également d’une « jeunesse partisane de gauche ». La volonté de réformer la constitution, de  dissoudre le gouvernement et le parlement, de séparer les pouvoirs ou encore de relaxer les détenus politiques unissent tous les jeunes membres du mouvement.

Le groupe se rassemble tous les jours dans les principales villes marocaines. Dans la capitale, ils sont près de 250. 300 à Casablanca. « Nous y discutons notamment logistique, il n’y a aucun débat politique. » Chacun a un rôle. Montassir fait par exemple partie de la commission qui s’occupe des slogans.

Vers un débat politique

« Le mouvement du 20 février, c’est un mouvement qui a réagi rapidement. Il suit le courant des mouvement populaires dans le monde arabe. » Ismail El Hamraoui est président du Forum des jeunes marocains. Il soutient le mouvement, mais avoue ne pas avoir participé à la première mobilisation. Celle du 20 février. « Pourquoi en ce moment ? À qui s’adresse le mouvement ? » se demande-t-il.

Ce que veut le Forum, c’est « un débat pour discuter les causes politiques ». Idéologie politique dans la poche, ce n’est pas le Mouvement du 20 février qui lancera un tel débat. Montassir espère néanmoins qu’avec la réforme de la constitution, les jeunes du Mouvement du 20 février pourront se composer en partis. Les fameuses idéologies politiques pourront ainsi s’exprimer pleinement.