EGYPTE. Ihab Hassan, 24 ans est journaliste au Caire pour Akher Saa, un hebdomadaire historique affilié au gouvernement avant la révolution. Mais depuis le 11 février 2011, tout a changé. Témoignage.

Par NICOLAS BURNENS

Au téléphone, Ihab Hassan achève un papier sur Emad Abu Ghazi, Ministre de la Culture et de l’Antiquité. Il travaille depuis trois ans pour Akher Saa, un des hebdomadaires historiques égyptiens, lu par 40 000 personnes.

La nomination du nouveau Ministre a été chaleureusement accueillie en mars 2011. Ce qui n’empêche pas le jeune journaliste de lui tirer dessus à boulets rouges.

« C’était un ami de la femme d’Hosni Boubarak. Il a volé des antiquités à des fins privées », assure-t-il.

« Tout est différent depuis la révolution »

Dans les locaux de Akher Saa, c’est le jour et la nuit depuis la révolution du 11 février 2011.

Le rédacteur en chef, membre du Parti national démocrate du Raïs, a été remercié. D’autres journalistes sont partis. « Il était impossible d’attaquer le président ou de parler des problèmes quotidiens des Egyptiens. Je ne pouvais même pas dire que mon voisin n’avait pas d’eau ! Tout est différent depuis la révolution », prècise le journaliste de 24 ans.

Aujourd’hui en Egypte, le modèle journalistique est à réinventer, de la ligne éditoriale à l’économie même de la presse.

Le site Internet du magazine. La nature des actualités a beaucoup changé depuis la révolution.

« Il y a une perte de confiance des lecteurs. Il faut restaurer notre crédibilité. Ce n’est pas facile », développe l’ancien étudiant du master franco-égyptien de journalisme du Caire.

Au début des manifestations, nous n’avons rien écrit. Nous ne savions pas comment faire ! », Ihab Hassan, jeune journaliste égyptien.

 

Comme le reste de la presse égyptienne, les employés de Akher Saa ont été surpris par les événements de la place Tahrir. « Au début, nous n’avons rien écrit. Nous ne savions pas comment réagir ! Ensuite, nous avons demandé des réformes et dénoncé la corruption qui gangrène le pays depuis trente ans », se rappelle Ihab Hassan. Il faudra attendre le 11 février 2011, soit trois jours avant la chute du président, pour que la direction du journal demande sa tête.

Trouver la voie

Aujourd’hui, les vingt journalistes d’Akher Saa écrivent ce qu’ils veulent. On y parle beaucoup de corruption, mais peu de l’avenir de l’Egypte.

Une couverture de Akher Saa. En bas, l'hebdomadaire titre : Le cri d'une génération: ouvrez les portes du gagne-pain !

 

« Il faut aboslument que l’on parle du futur du pays, que l’on aborde les vraies questions. Quel parti politique va nous montrer la voie ? Personne n’en parle dans les médias », reproche Ihab Hassan.

L’habitant du Caire verrait bien le Prix Nobel de la Paix Mohamed El Baradei comme leader politique, une personnalité qui ne fait pourtant pas l’unanimité en Egypte.

« C’est un vrai démocrate, mais il subit une campagne de désinformation », souligne le journaliste. « J’ai peur que la population plonge dans un désespoir aussi profond que celui des années Moubarak », conclut-t-il.