MONDE ARABE. Aladine Zaïane écrit régulièrement pour le Bondyblog.fr. Ce Français, né de parents tunisiens, vient de aterminé une formation de journaliste reporter d’images. Il a passé près de trente jours au coeur du printemps arabe. Il nous livre ses impressions, notamment sur la jeunesse qu’il a rencontrée sur sa route.

Au sud de l’Egypte, Aladine Zaïane a partagé le thé avec des bédouins qui attendent le retour des touristes. A Damas, le jeune journaliste de 24 ans est rentré en contact avec un opposant du régime de Bachar el-Assad, tout en se jouant des forces de sécurité. Ce sont quelques unes des péripéties que le jeune de la banlieue parisienne, diplômé en sociologie politique, a rencontré durant son périple.

Par ALADINE ZAIANE

Crainte de l’islamisme, crainte pour nos frontières, crainte pour nos intérêts dans ces régions du monde, crainte de ne plus pouvoir se dorer la pillule sur les plages de Djerba ou de Sharm el cheikh, crainte de ceci, crainte de cela…

Alors que dans ces pays l’espoir renait, du côté de chez nous, on s’interroge jusqu’à remettre en question (sans vraiment le dire) le déroulement de ces révolutions. Agacé par des discours prémâchés, il fallait que j’aille voir moi-même sur le terrain ce qu’il en était vraiment. C’était ma première motivation. La seconde, concerne les élections présidentielles de 2012 et le débat politique (politicien ?) autour de la question islamiste et de l’islam en France. On va y avoir droit comme à chaque fois, donc il était important d’aller faire un stage de remise à niveau dans ces pays afin de comprendre les intéractions réelles entre musulmans et chrétiens, la question des islamistes, leur position réelle dans la société, leur poids. Telles furent mes motivations pour avoir décidé d’abandonner femme, parents et amis le temps d’une escapade au Moyen-Orient.

Surpris par la vitesse du printemps arabe

29 jours. Un laps de temps à la fois court mais aussi tellement long. Court en temps normal, mais au lendemain de la révolution en Egypte et à l’aube du soulèvement syrien, ces jours passés dans ces deux pays ont été extrêmement concentrés en rencontres, en rebondissements, en déception et en nervosité.

De la nervosité oui ! Notamment durant les contrôles à l’aéroport. Tout commence durant l’escale à Düsseldorf en Allemagne, sur la route du Caire. On me met sur le côté lors du contrôle pour le passage à la salle d’embarquement. On ouvre mon sac à dos, un homme passe un morceau de papier sur mes affaires pour un test qui déterminera s’il y a des traces d’explosifs. Bien évidemment il n’y en a pas. « Ils ont peur que tu fasses sauter l’avion » dit ironiquement un membre de la sécurité d’origine marocaine et qui a vécu auparavant en France. Au Caire et en Syrie également j’attire l’attention lors du contrôle des passeports. Un Français, de parents tunisiens, avec une certaine pilosité et voyageant seul…ce n’est pas normal. Mais tout ceci n’est pas surprenant vu le contexte que l’on connaît.

Paysage d'Alexandrie au Caire (Photos : Aladine Zaïane)

Toutefois, surpris par la vitesse à laquelle Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Egypte ont été renversés (alors qu’ils tiennent leur pays respectif d’une main de fer depuis des décennies), on se montre souvent impatient face aux lenteurs des réformes dans ces pays, oubliant toute la bureaucratie de l’Etat qui lui est encore en place et à qui il faut laisser le temps de digérer ces bouleversements.

En Egypte, les militaires sont toujours postés à certains endroits derrière un mur en sacs de sable ou installés sur le toit de leur fourgon blindé. Leur soutien au peuple durant la révolution n’empêche pas ce même peuple de leur crier dessus lorsqu’ils déboulent dans les artères (toujours) bouchées du Caire, comme s’ils étaient des citoyens lambda. La police, c’est peut être l’un des changements des plus visibles à l’heure actuelle dans la vie quotidienne des Egyptiens : « Avant pour un rien les policiers te cherchaient des problèmes. Et le manque de respect à notre égard était insupportable. Maintenant ils ont peur de nous, quand ils te demandent quelque chose, c’est « s’il vous plait monsieur… », « merci monsieur » ».

Preuve de ce changement, ce jour où des policiers ont évacué un vendeur ambulant. Un homme âgé, remonté contre les policiers jusqu’à en devenir rouge, a crié sa colère face à ce qu’il considérait comme de l’injustice. Les policiers eux, se sont fait discrets.

Concernant la presse, dont les Egyptiens sont de grands consommateurs, sans surprise et à juste titre, celle-ci se fait l’écho des petits scandales en famille du clan Moubarak. En parallèle, au sein de cette même presse, il semble que certaines pratiques de l’ère Moubarak demeurent. Le 22 mars 2011, une manifestation se déroulait devant le syndicat des journalistes. Une vingtaine de confrères et de consœurs protestaient contre le patron d’un magazine qui aurait détourné de l’argent appartenant à ce même magazine pour le verser à une société…qui n’existe pas. La vague de scandales liés au régime ne semble épargner personne.

Se déjouer des forces de sécurité

Les contrôles ne m’ont pas été épargnés durant ce trip. Et encore moins en Syrie. Il a fallut pour contourner la sécurité intérieure, me faire passer pour un petit étudiant en arabe venu à Damas pour chercher une université où étudier.

Une affiche du président syrien Bachar-el-Assad.

En Syrie, comme on le voit, la révolution est à faire. Celle-ci, fragilisée par plusieurs facteurs historiques et ralentie par des services de sécurité prédominants, doit slalomer entre les différents obstacles dressés par le régime. En Aaril, alors que le mouvement prenait de l’ampleur, les participants eux-mêmes à ces mouvements de révoltes étaient sceptiques quant à l’issue de leur action.

Et il y a de quoi. La société syrienne est quadrillée de tous les côtés. Rien que pour aller au cyber café, il faut présenter une carte d’identité, même si dans beaucoup d’entre eux, on ne la demande pas. Dans la rue, les hommes du régimes, vêtus de leur veste noire sillonent les rues toute la journée à l’affût du moindre geste suspect ou d’un inconnu qu’il faut aussitôt identifier en allant parler du beau temps avec lui pour faire passer l’interrogatoire pour une banale discussion amicale. « Salut l’ami ! toi t’es pas d’ici hein ? Alors dis moi c’est beau la Syrie ? C’est une ville agréable Damas, on est tranquille ici. Sinon tu fais quoi ici ? Tu es de quelle origine ? Tu habites où ? » Ils sont forts les bougres !

Un flicage quotidien qui refroidit la fièvre révolutionnaire en moins de deux ! Il y a vraiment de quoi. En se baladant dans le célèbre marché couvert de Hamadiya à Damas, nombreux sont les commerçants qui au détour d’une phrase discrètement placée en vérifiant à proximité que personne n’entende, font part de leur raz-le-bol : « que Dieu nous débarrasse de ce régime » , « On suivra le chemin des Tunisiens ». Quelques mots pas plus. Une forme de résistance, une manière d’évacuer leur frustration.

Près de la frontière entre la Syrie et le Liban.

La jeunesse d’abord

Les jeunes ne sont pas en reste dans ces mouvements de révoltes. Que ce soit en Syrie ou en Egypte, ils donnent une sacré leçon de courage. Comme ce jeune Syrien, qui malgré son appartenant à une riche famille a rejoint le mouvement jusqu’à se faire battre par des hommes de la sécurité intérieure et croupir en prison.

Pire encore, les forces de sécurité du régime, ceux qui n’hésitent pas à tirer sur les manifestants et à les tabasser. Eux aussi habillés en civil, lorsque l’on tombe face à eux, la (vrai) face sombre de ce régime d’Al Assad apparaît. La violence dans le regard et dans les bras, physiquement imposants et armés qu’ils sont, on se demande à ce moment qu’attend l’ONU, omniprésent sur le terrain ici et seul organe légitime du droit international pénal apte à condamner ce régime.

Photo @ Une : Des posters du président syrien Bashar al-Assad décore une rue de la vieille cité de Damascus, le 2 avril 2011 (ANWAR AMRO/AFP)