MAROC. Ismail El Hamaraoui est président du Forum des jeunes marocains. Son organisation vise à promouvoir et à renforcer la participation de jeunes à la vie publique. Leur engagement en politique est selon lui essentiel. Interview.

Propos recueillis par ANTONINO GALOFARO

Ismail El Hamraoui (au centre), lors d’une table-ronde sur la réforme constitutionnelle, le 26 mars 2011

Dans la mobilisation qui touche le Maroc, quel rôle le Forum des jeunes marocains a-t-il à jouer ?

« Nous cherchons d’attirer l’attention des décideurs sur la situation des jeunes et sur leurs attentes. Nous voulons qu’ils soient représentés dans les décisions politiques. Le rôle de tous les adhérents du forum, moi compris, c’est de contribuer à l’épanouissement de cette jeunesse.

Nous croyons que les jeunes doivent être une force de proposition. Ils sont capables de bâtir l’histoire d’un Maroc démocratique et engagé. Ces jeunes sont appelés aujourd’hui à s’acquitter de leurs responsabilités. C’est dans ce cadre que le Forum a été créé.

En 2009 déjà par exemple, nous avions rédigé une lettre au Roi dont l’objet était de créer une institution pour la jeunesse. Nous revendiquions la constitution d’un Parlement de jeunes marocains. L’absence d’une instance pour la jeunesse, c’est le risque de ne pas avoir une stratégie nationale qui intègre la jeunesse aux politiques publiques. Sachant que cette jeunesse représente la majorité de la population du Maroc. »

Toi-même, es-tu prêt à t’investir en politique ?

« La politique n’a jamais été un investissement pour moi. C’est un devoir. Soit on participe et on propose des idées, des solutions, soit d’autres décideront pour nous.

Ma vision, c’est de m’inscrire dans une politique de responsabilité, d’ouverture et de respect des valeurs dans laquelle je serai l’acteur de mon destin. »

Les jeunes marocains souhaitent-ils en faire ?

« Chaque fois que je parle à un jeune de politique, de l’idée d’adhérer à un parti politique, je remarque qu’il est prêt à faire le premier pas. Ce sont même eux qui me posent des questions. Mais la plupart du temps, ils ne savent pas vers quoi se diriger. »

Ce que nous voudrions cependant, c’est un débat pour discuter les causes politiques. »

Que penses-tu du mouvement de protestation au Maroc ?

« Ce n’est pas extraordinaire, il y a toujours eu des revendications et des manifestations au Maroc. Même avant la révolution de jasmin. Ce qui est nouveau par contre, c’est la naissance d’un discours commun à tout le monde arabe : le peuple désire le changement.

Mais quel changement ? C’est la bonne question à se poser. Je me pose toujours des questions sur ce qu’il s’est passé et sur ce qu’il se passe. Tout tend à prouver qu’il y a eu de la part des forces de sécurité une violence inattendue. Mais il y a aussi des histoires qui parlent de provocations. »

Et du « Mouvement du 20 février » ?

« Je n’ai pas participé aux manifestations du 20 février [Celles qui ont donné naissance au Mouvement du 20 février]. Pourquoi ? Je me suis demandé l’intérêt de manifester en ce moment. Je me suis demandé à qui s’adressait le mouvement, à quoi il faisait référence. J’étais inquiet au début. Mais nous avons fini par applaudir ces jeunes. Nous leur apportons un soutien inconditionnel, nous sommes solidaires avec eux. C’est un mouvement qui a réagi rapidement et il suit le mouvement populaire dans le monde arabe. Ce que nous voudrions cependant, c’est un débat pour discuter les causes politiques. »