BELGIQUE. Depuis le 15 mars 2011, tous les vendredi, parfois le week-end, ils sont une centaine à manifester devant la Bourse de Bruxelles, pour demander le départ du président Bachar el-Assad et des sanctions de la part de l’Union européenne. Immersion au sein de la manifestation.

Par NICOLAS BURNENS

17H00. Place de la Bourse

Ils sont une petite dizaine de Syriens en exil, réunis au pied des escaliers de la place de la Bourse, au plein centre de Bruxelles, ce samedi 7 mai 2011.

C’est toujours le même rituel. Des poignées de mains. On discute des derniers événements. Des chars de l’armée syrienne viennent de rentrer à Banias.

Parmi eux, des membres du comité syrien créé à Bruxelles le 15 mars 2011, date des premiers soulèvements en Syrie. Près de 10 000 Syriens vivent en Belgique. Le comité est composé de Syriens d’horizons différents (Kurdes, Alaouites,..).

 Le but du comité : sensibiliser l’opinion publique, pour organiser des manifestations et faire pression auprès des institutions européennes, dont le Conseil des Ministres est situé à moins de deux kilomètes du lieu de la manifestation.

Sur les escaliers, il y a aussi des personnes assises en tailleur. Elles terminent une démonstration de Falun Dala…une pratique chinoise ancestrale, bénéfique pour le corps et l’esprit… Des touristes s’arrêtent, amusés. Ils prennent des photos.

On croyait que la jeunesse syrienne était foutue »

Hathet Bassen s’approche de moi. Un quarantenaire en costard-cravatte.

Aujourd’hui médecin, il est arrivé en Belgique à l’âge de 18 ans.

C’est l’un des membres du comité syrien.

Pour lui, les sanctions infligées à 14 membres du régime syrien par l’Union Européenne ne sont pas suffisantes.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

17H15. On décharge la sono

Des banderoles sont accrochées aux grilles de la vieille Bourse. Un drapeau syrien est même disposé sur un des deux lions en pierre qui trône à l’entrée. On teste la sono, qui est reliée à un génératrice à essence.

La Syrie, c’est le siège de Sarajevo »

Je rencontre Rabua Chaar, journaliste pour la Radio Al Manar à Bruxelles. Notre conversation est coupée par son téléphone. Un informateur, au pays.  

« Dix femmes viennent de mourir à Banias », répète-t-il plusieurs fois.

L’homme me parle des difficultés à recueillir des informations dans un pays verouillé par les forces de sécurité et interdit aux journalistes occidentaux.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Un peu plus loin, Ahmed est celui qui conduit les touristes dans un imposant bus rouge à deux étages. Il a quitté son poste quelques minutes pour venir discuter avec les manifestants. « Attention, Bachar el-Assad nous écoute », rigole-t-il, en me montrant son oreillette téléphonique.

17H30. On distribue les pancartes

« Bachar el-Assad, dégage ! », « Pas d’immédiat, pas de caméra, villes sous embargo ! ». Des pancartes, mais aussi des drapeaux syriens, libyens ou palestiniens. Une cinquentaine de personnes attendent le début de la manifestation. Il y a même quelques membres de la ligue communiste révolutionnaire belge.

http://www.dailymotion.com/videoxilm5t

En bas des escaliers, Sayoui Ammar, Syrien réfugié en Belgique, entonne des chants, repris par la foule de manifestants. Ils sont maintenant une petite centaine. Au micro, l’homme de 25 ans appelle la ville d’Alep à se révolter. Seul problème : la sono ne fonctionne pas. La génératrice à essence a de la peine à démarrer…

Le problème, c’est Bachar el-Assad. Il doit partir »

L’avocat est originaire d’un petit village, à vingt kilomètres de  la ville de Homs, encore encerclée dimanche 8 mai 2011 par l’armée syrienne. Il me raconte pourquoi il est là.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Chaque semaine, ils sont une centaine de manifestants, place de la Bourse à Bruxelles, pour dénoncer la répression en Syrie.

17H45. « Liberté ! Liberté ! »

« Liberté, Liberté, Liberté ! Freedoom ! Freedoom ! », scandent les manifestants. Parmi eux, un drapeau à la main, Nora, 21 ans, étudiante en science politique. A son cou, un pendentif, aux couleurs et au contours de la Syrie. Vingt minutes plus tôt, son père (un homme d’affaires qui fait du commerce de voitures avec le Congo !) avait tenu à m’offrir de l’eau. Il faisait près de 29 degrés ce jour là à Bruxelles. « Aussi chaud qu’à Damas », rigole-t-il.

On ne pensait pas que la jeunesse syrienne était si politisée »

A l’Université Libre de Bruxelles, sa fille, Nora, a mis en place, avec les différents cercles étudiants de l’université un comité de soutien aux révolutions arabes (CSR).

Le but est de conscientiser les jeunes étudiants aux changements dans le monde arabe.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Parmi les manifestants, il y a de nombreux jeunes. Ils ne sont pas tous Syriens. Je discute avec des Tunisiens, des Algériens et même quelques Iraniens. Si eux sont solidaires avec la cause syrienne, de nombreux arabes se désintéressent de la question en Europe, m’indiquent-t-on.

Retourner dans une Syrie libre, dit le poème »

D’un coup, Nora me tire par le bras pour me présenter Maya. Une enfant de 8 ans, avec le drapeau syrien dessiné sur les joues. Quelques minutes plus tôt, elle prenait la parole au micro (qui avait décidé de finalement fonctionner !).

Elle veut me réciter un poème.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Je suis stupéfait par le discours de cet enfant. Comment une fillette de son âge peut-elle tenir des propos pareils ? Est-elle bien consciente de ce qui se passe dans son pays ?

Ses parents, un peu plus loin, la regarde fièrement, répondre à mes questions.

J’avais oublié un peu vite que les tirs des forces de sécurité sont aussi dirigées contre les enfants. Dimanche 8 mai 2011, un Syrien de 12 ans était tué par balle à Homs.