MAROC. La contestation sociale est montée d’un cran depuis que la police a violemment réprimé les manifestations du 29 mai 2011. Pour Zineb El Rhazoui, bloggeuse et opposante au régime, le royaume est au bord de l’explosion.

Par NICOLAS BURNENS

Des manifestations, Zineb El Rhazoui, militante franco-marocaine des droits de l’homme, en a vécues. Elle n’en est pas non plus à ses premières menaces, indimidations ou arrestations illégales. Mais ce n’est rien à côté de la violence qui s’est abbatue le dimanche 29 mai 2011 à Casablanca et à Rabat.

La manifestation du 29 mai 2011, violemment réprimée par la police (Photomontge, mouvement du 20 février)

Ce jour là, plusieurs milliers de manifestants se sont amassés dans les rues pour demander plus de démocratie. « Des policiers en moto et armés de matraques ont même chargé des femmes âgées et des enfants », explique celle qui est aussi coordinatrice du Mouvement du 20 février, un groupe de jeunes réunis sur les réseaux sociaux, qui a manifesté pour la première fois le 20 février 2011.

Les réformes ? Un bon indicateur du niveau de démocratie au Maroc, celle de la matraque. »

Zineb El Rhazoui est aussi la fondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI). C’est un collectif, lui aussi né sur Facebook, qui s’est notamment illustré dans l’affaire des dé-jeûneurs du Ramadan, en organisant un pique-nique pendant la période de jeûne musulman.

« Le roi ne tient pas les promesses de réformes qu’il a faites lors de son discours du 9 mars 2011« , résume la franco-marocaine.

Et la commission que Mohamed VI a mise en place, censée s’entendre sur des recommandations pour amender la Constitution ?

« Ce sont des juristes en perte de crédibilité. C’est une réforme a minima, qui est un bon indicateur du niveau de démocratie au Maroc, celle de la matraque », justifie la femme de 29 ans.

Fin de la corruption, vraie séparation des pouvoirs, instauration d’une monarchie parlementaire, respect des libertés individuelles et existence d’une presse libre sont les revendications de l’ancienne journaliste.

Le 27 janvier 2010, Zineb El Rhazoui travaillait encore au Journal Hebdomadaire à Casablanca. Ce jour-là, en fin de journée, la police judiciaire s’est rendue au siège du titre. Les bureaux ont été mis sous scellé, les employés priés de quitter les lieux.

Journaliste, la jeune femme est devenue bloggeuse. Et militante. « Nous voulons une vraie constitution démocratique sans sacralité et droit divin, garante des libertés publiques et individuelles, conforme aux référents universels des droits de l’homme », développe l’habitante de Rabat.

Le pacifisme du peuple est exemplaire »

Pas d’exception marocaine

Les Marocains ont toujours manifesté, ce qui en fait une exception dans le monde arabe. Mais les revendications sont  aujourd’hui plus précises : les jeunes remettent en cause la nature même du régime. « Un tabou a sauté : la nature monarchique du système. Nous souhaitons un roi qui règne, mais qui ne gouverne pas ». Les jeunes sont aujourd’hui plus politisés, non pas parce qu’ils s’identifient à des partis politiques, mais parce qu’ils osent exprimer leurs opinions.

« Malgré la propagande et la terreur, les jeunes continuent à descendre dans les rues. En ceci, le Maroc ne fait pas exception aux autres peuples qui se sont soulevés ».

Les opposants politiques eux sont écoutés, suivis, intimidés, lorsqu’ils ne sont pas arrêtés ou détenus de manière arbitraire. « Nous vivons avec la peur au ventre », explique la jeune femme. Le 5 juin 2011, une nouvelle marche est prévue dans les principales villes du pays.

Zineb El Rhazoui y participera. « Soit Mohamed VI est un grand monarque et rentre dans l’histoire, comme l’a fait son homologue Juan Carlos Ier d’Espagne en transférant le pouvoir à son peuple, ou alors il sortira par la petite porte comme d’autres dictateurs », résume-t-elle. Nous ne pouvons plus faire marche arrière. »