ALGERIE. «Le pays regarde Bab El Oued. Quand ça bouge ici, ça bouge dans le reste du pays », explique Aziz, 28 ans. Il est né dans ce quartier. Aujourd’hui chômeur, comme beaucoup de ses voisins, il travaillait dans un call center pour un opérateur téléphonique.

Par NICOLAS BURNENS (texte et photos) et SAMI BOUKHELIFA (interviews)

Excédés, des jeunes émeutiers en ont décousu avec la police durant cinq jours en janvier 2011, en même temps que le soulèvement tunisien. Le reste de l’Algérie s’est enflammée, faisant cinq morts dans tout le pays.

Aziz se souvient des événements du 5 janvier à l’ouest d’Alger. Il nous dit que la jeunesse est résignée.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Aziz a toujours vécu ici. Il est né dans le quartier. (Photos : Nicolas Burnens)

A Alger, Bab El Oued, c’est le quartier où tout commence. Le soulèvement de la jeunesse algérienne d’octobre 1988 par exemple.

Nous sommes la jeunesse perdue.

Le quartier porte encore les stigmates des affrontements de janvier 2011. Un concessionnaire automobile avait été incendié.

A 28 ans, Azzedine dort dans un cybercafé qui lui fait office de logement, une fois les clients partis. Pour lui, rien ne sert de faire des émeutes.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Azzedine est un garçon lucide. « J’ai investi mes économies pour améliorer mon apparence physique et trouver du travail. Je me suis fait faire une prothèse pour mon œil. Ça ne m’a pas aidé à trouver du travail. J’aurais mieux fait d’aider ma famille avec cet argent. »

Quand les derniers clients sont partis, Azzedine s'allonge sur les chaises pour passer la nuit.

Bab El Oued ne connaît pas que les émeutes. Le nom signifie « la porte de la rivière ». En novembre 2001, à la suite de pluies diluviennes, des torrents d’eau ont englouti de nombreuses habitations à Bab El Oued ainsi que la place du marché Triolet. La coulée a fait  plus de 700 victimes. Les galeries souterraines du quartier, censées draguer les eaux de pluie, avaient été murées. A l’époque de la décennie noire, des terroristes y trouvaient refuge.

Ces HLM ont été construits à l'époque du Général de Gaulle pour les soldats français. A l'indépendance en 1962, ces appartements d'une pièce ont été occupés par des familles.

Certains bâtiments n’ont pas été rénovés depuis leur construction, dans les années cinquante. Mohammed, 40 ans, vit dans un petit appartement avec sa mère, sa femme et ses trois enfants. Sa cage d’escalier est fissurée depuis le tremblement de terre de Boumerdès en 2003. Il espère un avenir meilleur pour ses enfants.

La petite famille vit à l’étroit. « Je suis né ici. Je vis dans cette maison depuis 42 ans. Nous avons fait une demande de logement. Elle est restée sans suite, explique le père de famille. En attendant, je fais des travaux de rénovation pour améliorer notre logement. »

La famille de Mohammed vit un peu à l'étroit. Ils sont occupés à faire des rénovations.

Retrouvez dès le 11 juillet, à 7h26, l’intégralité du reportage sur La Première, de la Radio Suisse Romande.