ALGERIE. Amine Menadi est le fondateur d’Algérie Pacifique, un groupe citoyen né sur Facebook suite aux émeutes de janvier 2011. Avec le collectif du 8 mai, il sensibilise les jeunes  pour les convaincre qu’un changement pacifique est possible.

Par NICOLAS BURNENS (texte, photo et vidéos) et ANTONINO GALOFARO (interview)

A force de jouer au chat et à la souris avec la police durant les manifestations, Amine Menadi connaît le quartier de la Grande Poste comme sa poche… « Regardez, pendant que vous êtes en train de m’interviewer, ils se demandent s’ils doivent intervenir ou non », s’amuse le fondateur d’Algérie Pacifique, planté devant la Grande Poste, à quelques pas de la place Maurice Audin. A une dizaine de mètres derrière lui, des policiers surveillent l’avenue.

Le groupe d’Amine a été le premier à manifester pour le changement sur la Place du 1er Mai à Alger au début de la crise sociale en janvier 2011. Mais c’est le rassemblement du 19 mars 2011, devant la Grande Poste justement, qui l’a particulièrement marqué.

Ce jour-là, des jeunes s’affirmant indépendants des partis politiques avaient lancé un appel sur Facebook pour un rassemblement afin de marcher vers le siège de la présidence. Amine se souvient :

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Il y a encore peu de temps, Amine Menadi, 28 ans, était cadre dans une multinationale. Ces six derniers mois, il « a subi des pressions » et ne compte plus le nombre d’interpellations et de filatures de la part de la police (il sera d’ailleurs interpellé le jeudi 23 juin 2011, jour de notre reportage).

A force de côtoyer les forces de l’ordre, Amine les connaît bien, ce qui provoque des situations parfois cocasses, comme le cas de ce policier qu’il décrit :

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Amine Menadi habite à Bou Smail, à 50 kilomètres à l’ouest d’Alger. Le 7 janvier 2011, un jeune de 32 ans y est tué par un tir de grenade lacrymogène reçu en pleine figure. « J’ai décidé d’agir, pour ne pas que cela se reproduise. J’étais tellement en colère. Soit je jetais des cocktails molotov sur la police, soit j’agissais ». L’Algérie est alors en proie à des émeutes, suite à la hausse de certaines denrées alimentaires.

Huit jours plus tard, il organise ses premières manifestations au centre d’Alger. Dans ce petit restaurant, où il nous emmène, est né le collectif Algérie Pacifique. L’enseigne s’appelle Radja, espérance, en français. Amine explique les circonstances :

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La revendication d’Algérie Pacifique est simple : un changement sans heurts en Algérie. Il n’hésite pas à descendre dans la rue pour aller négocier avec les émeutiers. « J’ai peur que le pays s’embrase, que cela tourne à la guerre civile comme en Libye. Un scénario comme en Tunisie ou en Egypte n’est pas possible ici », explique Amine Menadi. « On ne peut pas changer le système lui-même. Par contre, on peut changer sa base.»

Nous sommes dans le quartier populaire de Bab El Oued. Ici, de nombreux jeunes font le mur et vivent d’une économie informelle. En janvier 2011, de violentes émeutes ont éclaté durant quatre jours dans le quartier.

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Abdenour habite le quartier et fait partie des jeunes du 8 mai, un groupe qui rassemble tous les mouvements algériens de protestation. Il fait de la sensibilisation autour de lui. « Je leur demande leur avis et je les écoute. Ensuite, j’essaie de les convaincre de nous rejoindre », explique-t-il.

Amine regarde Abdenour faire, tout en participant aux discussions. « Ils font un travail magnifique. C’est l’application concrète des idées d’Algérie Pacifique ».

Retrouvez dès le 11 juillet, à 7h26, l’intégralité du reportage sur La Première, de la Radio Suisse Romande.