EGYPTE. Les jeunes Egyptiens réclament la chute du maréchal Hussein Tantaoui, le haut responsable du Conseil suprême des armées. Les manifestants exigent aussi l’accélération des réformes démocratiques. Après les vendredis de la colère, ils ont baptisé cette nouvelle mobilisation les journées de la colère.

Texte SAMI BOUKHELIFA, et ANTONINO GALOFARO, publié dans El Watan du 22 juillet 2011.

Photos NICOLAS BURNENS

Elles sont deux Egypte, la haute classe et «l’autre»…… Elles ne se sont jamais côtoyées, sauf durant les manifestations de janvier et de février. A elles deux, elles ont renversé le régime de Moubarak. Aujourd’hui, elles se retrouvent de nouveau avec un ennemi commun : le Conseil suprême des armées. Asma Fawzi, 26 ans, campe sur la place Tahrir. Avec son amie, elles viennent des quartiers chics du Caire. «Le pouvoir est passé d’un pharaon à un autre. Nous refusons d’être dirigés par un militaire. Je suis heureuse de voir que tout le monde est d’accord sur ce point», explique-t-elle.

Assise à sa droite, à même le sol, Masreyeh Abd El Azziz, 26 ans, est aussi là pour dire non aux militaires. «Moubarak est peut-être tombé, mais son régime est toujours en place, rien n’a réellement changé», précise la jeune fille. Non loin d’elles, au milieu du campement, Mohamed Wasf, 21 ans, se balade avec une pancarte collée sur son torse. Il y est écrit «Je ne bougerais pas d’ici». Il a planté sa tente il y a dix jours. Lui aussi souhaite en finir avec l’armée, mais comme les Egyptiens de «l’autre» classe, il a beaucoup d’exigences. « Nous voulons que Moubarak et son gouvernement soient jugés et que les policiers qui ont tué des manifestants le soient aussi, affirme-t-il. Nous voulons une commission pour réguler les prix, que notre situation sociale s’améliore. C’était le but de notre révolution, aujourd’hui, ils veulent nous voler nos acquis», poursuit-il.

Les chebabs, ces jeunes révolutionnaires égyptiens dansent au cri de: “Le peuple veut la chute du régime”

Melting-pot el Tahrir

Depuis la chute de Hosni Moubarak, le 11 février dernier, il y a eu peu de rassemblements au Caire. «Le gouvernement provisoire et l’armée ont trouvé la parade, s’exclame Islem Mohamed, 24 ans. Pour éviter que la colère ne monte et qu’on ne se rassemble les vendredis, ils annoncent des mesures populaires chaque jeudi», crie-t-il pour se faire entendre. Derrière lui, une marche s’entame, des jeunes scandent : «Le pouvoir militaire doit tomber, jamais le commandement militaire ne nous dirigera. Nous voulons sauver la révolution». Une autre marche croise leur chemin, celle des Frères musulmans. Ils arborent des pancartes sur lesquelles il est inscrit «La liberté ou la colère». Tout autour de la place Tahrir, plusieurs tribunes ont été érigées et chaque groupe a la sienne. Qu’ils viennent des quartiers riches, des quartiers pauvres, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, ils sont tous animés de la même colère.


Ils réclament l’application des réformes démocratiques dans les plus brefs délais, le jugement de tous les anciens responsables et la chute du maréchal Hussein El Tantaoui. «Il était le garant de la révolution, il nous a trahis», lâchent en chœur Ahmed Omar et Omar Saïd, deux jeunes de 17 ans. «Notre colère ne baissera pas. Ils ont intérêt à répondre à nos exigences», concluent-ils. Pour calmer la révolte, les autorités égyptiennes ont annoncé samedi le limogeage de policiers soupçonnés d’avoir tué des manifestants. Trois jours après l’annonce, la place Tahrir est toujours noire de monde/SB.

Des groupes de discussions sur la place Tahrir au Caire.

« Que se passe-t-il à Tahrir ? »

Ils vivent et travaillent sur la rive ouest du Nil, dans le quartier huppé de Zamalek. Ils s’appellent Mohamed et Tarek, ils ont 25 ans et sont les patrons de leur société d’édition. Ils ne préfèrent pas le dire en public mais ils font partie des Égyptiens qui regrettent Housni Moubarek. Ils roulent en voitures de luxe et habitent de somptueuses maisons. Leur souci du moment : la révolution. « Elle a ruiné notre business, franchement on été mieux sous Moubarek, dit Mohamed en souriant. Tarek, on était mieux avant, non ? », demande-t-il à son ami qui acquiesce. Situé au dernier étage d’une résidence privée, leur bureau avec terrasse domine Zamalek.  Dos au Nil, ce qui se passe sur l’autre rive ne les intéresse pas.  « Ils se révoltent toujours ? Que se passe-t-il à Tahrir ? » s’interrogent les deux patrons. Leur réponse est toute trouvée : « ce sont des voyous qui mettent la pagaille. » Dans leur entourage, tout le monde pense la même chose. Leurs parents sont des privilégiés du système, ils fréquentent les hautes sphères de la société égyptienne. Aujourd’hui, la haute sphère a perdu ses acquis et le système pourrait se retourner contre eux. « Pas de souci, il y a toujours une sortie de secours », rigole Tarek/S.B.

Pour plus d’infos :

Les reportages produits pour le journal du matin de la Radio Suisse Romande:Egypte, le grand défi des journalistes de la TV publique, les militants du net égyptien ne baissent pas la garde, les jeunes égyptiens militent à tout va

L’article publé dans La Liberté du 29 juillet 2011, la jeunesse égyptienne est dans la place.

Sur ir7al.info, Retour à Tahrir pour sauver la révolution et Un jour sur la place Tahrir lors de la mobilisation du mois de juillet 2011 et le direct pour le journal de TV5 Monde.

Et le diaporama-photo, les révoltés d’Egypte.