EGYPTE. Dalia Ziada, journaliste, activiste et bloggeuse militante a eu un rôle important sur la toile lors des « Vendredis de la colère » (جمعة الغضب). Elle rêve de construire une Égypte libre, démocratique et libérale.

Par SAMI BOUKHELIFA

« Le 25 janvier 2011, nous sommes descendus dans la rue pour gêner ce pouvoir qui nous ignorait », se rappelle Dalia Ziada, la cyber-opposante numéro 1 de Moubarak, jointe au Caire via Skype. Depuis 2010, elle est aussi la lauréate du Prix Méditerranéen Anna Lindh.

#Jan25 : Le commencement

Les Egyptiens ne se doutaient encore de rien. Mais la manifestation du 25 janvier 2011 ne représentait qu’un rassemblement de jeunes intellectuels, protestant contre le pouvoir. Un de plus…parmi tant d’autres.

« Ce jour-là, nous avons croisé des gens qui n’avaient pas l’habitude de manifester avec nous », détaille la femme de 29 ans. Mais cette fois-ci, c’était différent. Les classes pauvres et ouvrières, celles qui d’habitude ne s’intéressent pas à la politique, ont rejoint le mouvement. « On sentait qu’il y avait de la colère dans les rues », se rappelle-t-elle.

Depuis la chute de Moubarak, Dalia Ziada est très sollicitée dans les médias (Photo : DR)

« Ils nous ont tiré dessus »

« C’était plus qu’une simple manifestation. Nous étions en colère, mais nous avions aussi peur ». Tout s’est emballé. Avec les autres manifestants, Dalia a essuyé des tirs à balles réelles. Pourtant, celle qui a commencé son militantisme en 2005 (au moment de l’apparition des premiers mouvements de contestations), a connu bien des manifestations.

Mais cette fois-ci, durant trois jours, elle a été confrontée à « la barbarie de la police ».  Aujourd’hui, elle en est sûre : « Il y avait une intention claire de tuer ».

La révolution égyptienne, une révolution sans leader ?

« Le plus beau dans cette révolution, c’est que personne ne peut s’en attribuer le mérite », tient à préciser Dalia Ziada. « Nous, les militants de la toile, nous avons eu un rôle secondaire ». Pour elle, les années de colère, le manque de liberté et les droits bafoués ont eu raison de trente années de règne d’Hosni Moubarak.

Face à un mouvement qui la dépasse, Dalia, la bloggeuse, se considère comme un modeste outil de la révolution. Son rôle « secondaire », comme elle aime à le rappeler, a contribué à la libération de l’Egypte. Depuis 2004, elle tient un blog, très lu par la jeunesse égyptienne.  Rien que sur Twitter, elle est suivie par plus de 6 200 personnes.

Je rêve d’une Egypte où il y aurait 80 millions de militants pour la liberté et la démocratie »

Level 1 : faire tomber le régime. Level 2: …

«L’étape actuelle est très importante. Nous sommes en pleine période de transition », explique la jeune égyptienne. Elle a conscience des nouveaux enjeux. L’Egypte doit maintenant décider de son avenir. « 40% des Egyptiens manquent de conscience politique », affirme-t-elle. Les jeunes égyptiens « politisés » doivent guider les autres, leur inculquer les notions « d’intégrité et d’engagement ».

« I have a dream »

« Il y a près d’un demi siècle, Martin Luther King prononçait l’un des discours les plus célèbres du XXe siècle, qui a changé le visage des Etats Unis d’Amérique et du monde entier. Pourquoi pas nous ? », demande la fervente admiratrice du célèbre pasteur.

« Je rêve d’une Egypte où il y aurait 80 millions de militants pour la liberté et la démocratie », dit celle qui se trouvait face à Barack Obama en juin 2009, lors de son discours du Caire. Elle est responsable de l’antenne de l’American Islamic Congress, une ONG américaine de défense des droits de l’homme. Elle est aussi diplômée de la Flechter, la plus ancienne école de relations internationales des Etats-Unis.

Dalia Ziada est une voix écoutée à l'étranger. Ici, lors d'une conférence à l'Université Al-Akhawyn au Maroc en 2009 (Photo : DR)

Frères musulmans, dites vous !

Les Frères musulmans, au Caire, elle en entend beaucoup parler. « Puissance et organisation », sont leurs points forts selon la militante. « Il ont réussi là où tous les autres partis d’opposition ont échoué. Ils sont puissants et très influents et représentent une véritable crainte pour nous ». Les Frères musulmans font preuve de bonne foi. Ils se disent prêts au dialogue, plus ouverts et modérés.

Leurs arguments de campagne, Dalia n’y croit pas. « Toute représentation politique de minorités chrétiennes [coptes] ou des femmes est formellement interdite », tout en citant le passage d’un livre de pensées des Frères musulmans.

« L’espoir nous fait vivre »

« Je suis fière de mon peuple. J’ai espoir, j’ai confiance en l’armée ». L’important pour Dalia aujourd’hui, c’est de ne pas perdre les acquis de la révolution entamée ce 25 janvier 2011.

Elle désire que la démocratie et le libéralisme soient instaurés. En guise de conclusion, elle nous raconte son voyage en Argentine. « Un pays gouverné par une femme ! Oui ! Une femme ! Et demain, pourquoi pas nous ? », s’enthousiasme-t-elle. « Un jour on y arrivera ».