ALGERIE. Le 5 octobre 1988, Amine Mechalikh avait un an mais ses aînés lui ont raconté. La jeunesse algérienne était dans la rue pour manifester contre le manque de libertés. En 1991, le pays sombre dans la décennie noire. Vingt ans plus tard, Amine devenu pharmacien, dit “oui” aux changements, mais émet quelques réserves.

Je suis contre toutes les manifestations ou soulèvements en Algérie. Non pas parce que je suis contre la démocratie ou que je trouve ce régime sans failles. Non.

Si je suis contre, c’est tout simplement parce que je pense que tout « soulèvement » dans notre pays, même s’il abouti, ne fera que nous entraîner vers le fond… Les médias et l’opinion publique souhaitent peut-être que ces événements « historiques »  permettent à notre peuple de devenir « héroïque ». Mais je pense que c’est à peu près tout ce qu’on gagnera d’une révolution. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous n’aurons pas les ressources morales et éducationnelles pour rebondir et gérer la période de post-révolution, même si nous possédons les ressources financières !

La meilleure manière de se soulever en ce moment en Algérie, c’est que chacun fasse la révolution avec lui-même »

Pire. Je pense qu’il est fort probable que ces ressources ne serviront qu’a décupler les prétendants qui, une fois au pouvoir, auront probablement vite fait d’oublier le peuple (encore une fois). Ils se contenteront alors de faire semblant d’essayer de gérer la probable crise politique, économique, et sociale que la révolution aura provoquée. Je n’exclus pas, que parmi les adeptes du changement et de la révolution, se cachent quelques braves hommes qui veulent vraiment faire évoluer le pays dans le bon sens.

A mon avis, ils sont trop peu nombreux et un peu trop optimistes.

La meilleure manière de se soulever en ce moment en Algérie, c’est que chacun fasse sa révolution avec lui-même. Nous devons plutôt profiter de la stabilité, même incomplète de notre pays, pour évoluer personnellement et ainsi faire évoluer notre société, économiquement, culturellement et moralement. Une fois que nous aurons établi une société capable de faire une « révolution » et d’assurer la qualité de la transition, nous pourrons penser à changer les choses. Personnellement, je pense qu’une évolution positive de note pays dans les années à venir n’est pas impossible.

Pour les autres pays arabes engagés dans la transition, tel que l’Egypte, la Tunisie, et peut être la Libye, je souhaite, à mes frères, de ne pas regretter ce changement essentiel. Je souhaite à ses peuples de pouvoir dépasser cette instabilité qu’ils vivent a présent et d’avoir de dignes successeurs au pouvoir ainsi qu’une société assez forte pour surmonter cette période.

Ce n’est qu’a ces conditions et après quelques années que les fruits de ces changements pourront être ramassés. Je l’espère et je souhaite du courage à tous les peuples arabes et musulmans. Que dieu nous guide vers ce qui est meilleur pour notre pays et pour ces peuples. Salam.

AMINE MECHALIKH